
En France, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes s’alarme de la « menace » que représente le masculinisme, idéologie qui encourage la haine des femmes et prospère sur les réseaux sociaux.
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« Une menace pour l’égalité et la justice sociale ». Dans son rapport annuel sur l’état des lieux du sexisme en France publié ce mercredi 21 janvier, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), un organisme consultatif dépendant du gouvernement, s’alarme de la hausse de l’adhésion aux idées masculinistes en France.
Un volet important du rapport est dédié à ce que le HCE qualifie d’« expression virulente du sexisme ». Le masculinisme englobe une multitude de courants différents – « incels », ou célibataires involontaires ; « men’s rights activists », etc. – mais qui partagent une idéologie commune : la haine des femmes. Ce mouvement, en pleine expansion en France et dans le reste du monde, s’est développé en réaction aux avancées des droits des femmes. Les masculinistes proposent une lecture inversée de la réalité : les discours masculinistes prétendent que les hommes sont les véritables victimes du système, et non les femmes.
Du sexisme au masculinisme
Un point alarme notamment le Haut Conseil à l’Égalité : la porosité entre les croyances sexistes et la radicalisation masculiniste. Ce sexisme classique est catégorisé de deux manières par le HCE : le sexisme « paternaliste » ou « faussement bienveillant », qui perpétue des représentations assignant les femmes à des rôles de fragilité ou de dépendance, par exemple. Selon le rapport, qui s’appuie sur une enquête Toluna Harris Interactive, conduite auprès de quelque 3 100 personnes âgées de 15 ans et plus, ce sexisme paternaliste est pratiqué par 27 % des hommes, mais aussi par 18 % des femmes. Il se distingue du sexisme « hostile », qui qualifie des comportements violents à l’égard des femmes – pratiqués par 17 % des personnes âgées de 15 ans et plus, soit près de 10 millions de personnes, selon le HCE.
Ce sont les tenants de ce sexisme « hostile » qui risquent de basculer vers le masculinisme, explique Bérengère Couillard, présidente du HCE : « Tous les masculinistes adhèrent au sexisme hostile, qui soutient l’idée que les femmes seraient inférieures, incompétentes, que leur autonomie serait une menace pour les hommes. À partir du moment où il y a une croyance en ces thèses, il y a une forme de haine qui est développée envers les femmes qui peut devenir une menace terroriste ». Elle cite ainsi l’arrestation, en juin 2025, d’un jeune homme de 18 ans qui envisageait d’attaquer des femmes au couteau. Celui-ci se revendiquait comme appartenant à la mouvance « incel ».
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Un « basculement » via les réseaux sociaux
Le masculinisme se propage particulièrement à travers les plateformes numériques, parmi lesquelles TikTok, Instagram ou YouTube, très prisées des jeunes. Le HCE constate dans son rapport que les idées sexistes en général sont davantage présentes chez les personnes utilisant les réseaux sociaux que chez celles ne les utilisant pas. « Il y a un business de la haine, pointe Bérangère Couillard, les plateformes n’ont aucun intérêt à modérer leurs contenus. Aujourd’hui, il y a des millions de vidéos qui sont envoyées à des personnes ciblées, en fonction du profil de l’utilisateur ». La présidente du HCE critique les algorithmes des réseaux sociaux, qui font que les jeunes reçoivent « plus facilement des vidéos qui font la part belle aux thèses masculinistes ». « À partir du moment où il en reçoit une, il va en recevoir énormément. Et alors qu’il n’adhérait pas forcément à ces idées au départ, il peut basculer, devenir un masculiniste », déplore-t-elle.
Selon une étude Ipsos publiée en 2022, en France, 84 % des victimes de cyberviolence sont des femmes, et les personnes impliquées dans la perpétration de ces violences en ligne sont à 74 % des hommes. Cette diffusion des contenus masculinistes sur les réseaux sociaux révèle, selon le rapport du HCE, les « limites structurelles d’une régulation qui repose principalement sur l’autorégulation des plateformes et qui ne remet pas en cause le modèle économique de ces acteurs basé sur l’économie de l’attention. »
Série de recommandations
Le HCE plaide pour la prise en compte de la menace masculiniste comme un « enjeu de sécurité publique ». Il formule une série de recommandations, parmi lesquelles le renforcement des contrôles des réseaux sociaux, et des moyens supplémentaires alloués aux organismes comme Pharos, la plateforme de signalement des contenus illicites sur Internet, et l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Bérangère Couillard demande aussi que les réseaux sociaux soient contraints à faire preuve de transparence sur leurs algorithmes.
« Il faudra intégrer le terrorisme masculiniste dans les doctrines de sécurité, et mettre [en place] un grand plan interministériel de la prévention et de la lutte contre la radicalisation masculiniste », pointe par ailleurs la présidente du HCE. Bérangère Couillard prend l’exemple des agents du renseignement qui « ne sont pas formés au langage utilisé par les masculinistes sur les réseaux sociaux ».
Une autre revendication du HCE, portée aussi par les associations féministes, concerne la bonne application du programme EVARS, qui prévoit des cours obligatoires d’éducation à la vie affective et sexuelle. Ces séances sont encore trop peu dispensées à l’école, alors qu’elles permettent de promouvoir l’égalité entre hommes et femmes et de sensibiliser très tôt aux violences faites aux femmes.
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