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Date: January 22, 2026 7:06 pm. Number of posts: 1,195. Number of users: 2,876.

Mali: l’annonce d’un rationnement du carburant suscite questionnements et inquiétudes

Au Mali, dans une vidéo diffusée sur la télévision d’État (ORTM), mardi 20 janvier, le gouvernement de Transition annonce la mise en place d’un système de rationnement du carburant, avec un nombre de passages limités dans les stations-service. Ce dispositif est une nouvelle réponse à l’embargo sur les importations de carburant décrété par les jihadistes du Jnim (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans) début septembre. Un embargo dont les conséquences ont été limitées depuis plusieurs semaines par le renforcement des escortes militaires, mais qui continue de perturber fortement l’approvisionnement du pays. Le rationnement annoncé suscite des questionnements pratiques et des inquiétudes sur la perspective d’une sortie de crise. 

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À chaque passage en station-service, la plaque d’immatriculation ou la vignette du véhicule sera photographiée par le pompiste, avec son téléphone portable, puis enregistrée sur une « application web » permettant de suivre le réseau de distribution « en temps réel ». Les voitures ne seront autorisées à faire un nouveau plein que 72 heures plus tard, les motos 48 heures plus tard, soit respectivement trois jours et deux jours entre deux passages.

Lutter contre les trafics

L’objectif affiché est de « limiter les achats excessifs et lutter contre les circuits de vente illicites ». Depuis le début des attaques de camions-citernes par les jihadistes du Jnim, les autorités de transition ont renforcé les escortes militaires, mais aussi les contrôles contre les trafics et les détournements destinés au marché noir, régulièrement accusés d’être à l’origine de la pénurie.

Le dispositif de rationnement n’est toutefois pas encore effectif. Sollicité par RFI, le ministère de l’Industrie et du Commerce n’a pas encore précisé à quelle date il serait mis en place.

La tâche s’annonce ardue, puisque des milliers de pompistes devront être équipés et formés, à travers tout le pays. Le système implique des téléphones toujours chargés, malgré les coupures d’électricité particulièrement longues actuellement, et disposant d’un accès à internet suffisant. « Beaucoup de motos roulent sans plaque et sans vignette , notent également plusieurs interlocuteurs, comment ça va se passer pour eux? »

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« Très insuffisant »

« Pour un grand nombre de gens, ce sera très insuffisant », estime encore un économiste malien, prenant pour exemple les personnes habitant loin leur lieu de travail ou ceux qui doivent effectuer de longs trajets en peu de temps, pour se rendre en région par exemple, « surtout que la plupart des stations ne servent pas plus de 30 litres par passage », soit à peine un demi-plein. Beaucoup de Maliens ont également l’habitude faire de nombreux et petits pleins, en fonction de leurs moyens immédiats, parce qu’ils ne peuvent débourser à chaque fois que des sommes limitées. « Et les taxis, ils vont faire comment ? », interroge encore un interlocuteur.

Outre sa difficulté pratique, le dispositif annoncé présente donc deux risques : susciter le mécontentement des usagers, et inciter à des comportements de contournement qui pourraient alimenter le marché noir. Soit l’exact inverse de l’objectif affiché.

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Aveu, sacrifices et habitude

L’annonce suscite surtout une certaine inquiétude : de nombreux interlocuteurs maliens joints par RFI y voient une forme d’ « aveu » des autorités de transition, qui se préparent à ce que la crise du carburant dure encore longtemps. « Tant que les citernes continueront de venir par convois, le problème continuera », confie une source douanière, faisant le même constat que tous les Maliens : les risques pris et les sacrifices consentis par les transporteurs et par les soldats maliens sont inestimables, mais ne permettent pas d’assurer un approvisionnement en carburant comparable à celui d’avant la crise.

« Ils n’ont pas de solution à court terme pour le carburant, analyse pour sa part un politologue malien, alors ils ont la même stratégie que pour les coupures d’électricité : ils comptent sur le fait que les gens vont finir par s’en accommoder. » De fait, de nombreux témoignages révèlent une forme de résignation face à cette situation à laquelle les Maliens commencent à s’habituer malgré eux.

« La situation tend progressivement vers un retour à la normale », assurait lundi19 janvier, le ministre de l’Industrie, Moussa Alassane Diallo, pointant les « efforts colossaux » du gouvernement de transition lors d’une rencontre avec des opérateurs économiques.

Nouveaux militaires otages du Jnim

Dans des vidéos diffusées mardi 20 janvier, le Jnim (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans), lié à al-Qaïda, a diffusé les images de huit nouveaux otages : sept militaires maliens et un civil, capturé en même temps que deux militaires, tous enlevés entre le 27 décembre et le 4 janvier derniers dans plusieurs localités du Mali -dans la région de Mopti ou dans les proches environs de la capitale Bamako.

Ces vidéos de propagande ont été diffusées le jour de la Fête de l’armée malienne, marquée par des cérémonies commémoratives et par une visite du président de Transition, le Général Assimi Goita, à des soldats maliens blessés de guerre.

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David Baché
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